in

Vie et mort d une tendance

Cette semaine, Alan Retman, nous gratifie d’une de ses nouvelles  réflexions. Il a choisi de s’intéresser à la tendance…

La tendance représente une obsession pour bien des esprits

Le besoin d’être accepté, de faire partie d’une communauté est inhérent à l’individu. La solitude est une chose impossible à tolérer lorsqu’elle est le fruit de l’exclusion.

Ainsi, il convient parfois d’intégrer une communauté régie par des normes. La tendance est avant-tout l’expression d’une valeur que l’on place au dessus de tout et qui nous sert de prédicat afin de mieux nous introduire vis-à-vis de l’assemblée.

Le gothique avec ses habits noirs et son teint blafard nous renvoie directement à son mépris pour les canons de beauté communément admis et le conformisme intellectuel. Par son allure et son absence de chaussettes, le dandy communique son goût pour l’esthétisme, par son maniérisme il crée une représentation de lui-même qui connote la maîtrise de soi et la confiance.
On ne voit guère souvent de mélange des genres.

Me retrouvant en avance à un rendez-vous il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de scruter les allers et venues des passants à Bastille. Les groupes de gothiques et de « rappeurs » se succédaient sans jamais s’interpénétrer, ce qui semble logique de prime abord, mais en creusant un peu l’analyse on finit par admettre qu’une franche adhésion à une tendance revêt une certaine forme de sectarisme.

Mais les tendances vont et viennent car elles ne sont généralement qu’une émanation artificielle d’un contenu plus complexe.

Prenons un cas particulier pour voir comment nait une tendance.

Au début des années 90, le groupe Nirvana distille un rock rageur et mélodieux. Les orientations punks, la production atypique et le caractère neurasthénique des paroles inspirent un nom particulier au style du groupe de Seattle : Le grunge. Avec la sortie de son album Nevermind, le groupe acquiert un succès aussi important qu’inattendu, ce qui ne manque pas d’attiser la convoitise des différents acteurs économiques.

Avec Nirvana et quelques autres comme têtes de gondole, on va assister à la naissance d’une scène dite « grunge » gorgée de groupes qui s’échinent à reproduire le son de Kurt Cobain.

Et puisque la musique ne suffit pas, on va également sacraliser le style vestimentaire du leader pour créer le « look grunge ». Viendra ensuite le cinéma grunge, l’état d’esprit grunge, etc..

Ainsi, le mal-être dont Cobain obtient une création artistique devient à travers son expression une représentation mentale à laquelle s’identifient des millions d’adolescents, à tort ou à raison. Par assimilation d’images, et par une connaissance superficielle transmise par des médias sans fond, le grunge devient une image d’Epinal qui renvoie à la crise d’adolescence et aux jeans troués.
Les exemples abondent, et le terme « emo », complètement galvaudé aujourd’hui, renvoie à la mèche proéminente d’un ado s’efforçant de faire pleurer sa guitare plutôt que de finir ses exercices de maths. Bien peu sauraient restituer l’historique du terme, à savoir « emotional hardcore », puisque à la base l’emo est un dérivé du punk hardcore.

Ces deux exemples dénotent du fait qu’au cœur de la tendance, il y a initialement une expression artistique vidée de sa substance par les maisons de disques, créateurs de modes, et autres grands exorcistes qui tels des docteur Frankenstein fabriquent une culture globalisée et stéréotypée, destinée à être ingurgitée et évacuée. Voilà pourquoi les tendances se suivent et ne durent pas.
Dès lors la tendance n’est pas une mauvaise chose, puisqu’après tout chacun est libre d’opter pour un style qu’il estime conforme à sa personnalité. Avec un brin de mauvais esprit on se dira que l’absence de personnalité favorise l’adhésion totale à une tendance.

Toutefois, il me parait intéressant de rappeler que la tendance n’est pas une fin en soi, mais que comme toujours on trouve les choses les plus intéressantes en grattant le vernis qui se trouve en surface.
Malheureusement, le propre de l’individu est de se chercher une foi, une doctrine politique, un dogme comportemental. L’autodétermination est tellement peu inscrite dans nos gênes que nous devons même emprunter la personnalité d’autrui pour nous vêtir.

A la source de la tendance se situe le meilleur de l’individu, sa faculté à créer de l’art. Il serait regrettable que nous n’en tirions qu’un simple attribut afin de nous façonner une personnalité dans ce cirque malsain que représente le rapport social.

 

www.retman-production.com
http://alan-retman.blog.lemonde.fr/

Julius Shulman, un compas dans l oeil…

Quelle maison voulez-vous? un Boeing 747 s il vous plait…